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L’aspiration...Ainsi parlait ...

« Zarathoustra s’était aperçu qu’un jeune homme l’évitait. Et comme il allait un soir seul par la montagne, qui domine la vallée « La Vache multicolore », voilà qu’il trouva dans sa promenade ce jeune homme, appuyé contre un arbre et jetant sur la vallée un regard fatigué. Zarathoustra mit son bras autour de l’arbre contre lequel le jeune homme était assis et il parla ainsi :
Si je voulais secouer cet arbre avec mes mains, je ne le pourrais pas. Mais le vent que nous ne voyons pas l’agite et le courbe comme il veut. De même, nous sommes courbés et agités par des mains invisibles »
, « Ainsi parlait Zarathoustra » de Friedrich Nietzsche, poème philosophique publié en quatre volumes entre 1883 et 1885.

Sur le chemin de nos existences, chacun d’entre nous s’est un jour assis au pied d’un arbre, dubitatif ou désespéré par la difficulté de progresser.

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Certains ont pu constater que le désir d’être bon sans conflit intérieur était une illusion.

Parfois, la gentillesse donnée ne reçoit en retour qu’indifférence ou incompréhension, avidité ou convoitise et l’amère déception ferait bien sceller ce réservoir de bienveillance présent en chacun de nous.
Si nous sommes sur un chemin spirituel, la force de l’aspiration à devenir meilleur et plus noble nous fait finalement accepter - tout en n’ayant aucune illusion sur la race humaine - de continuer le chemin de l’élévation intérieure.
Ce chemin implique nos propres contradictions et nourrit cette lutte intérieure incontournable de tout perfectionnement, entre ce qui est bénéfique et ce qui est ravageur pour nous comme pour autrui.

Quand la majorité des mortels diraient oui dans une situation donnée, savoir dire Non par exigence pour éviter toute facilité de complaisance, crée assurément des tensions intérieures et conflits extérieurs. Le but n’étant surtout pas de les alimenter.
La quête du perfectionnement n’est pas un chemin d’aisance pour atteindre un idéal facile et parfois, les actions menées peuvent sembler rebelles à la morale de confort.

Le dépassement de soi est douloureux et tenter de devenir plus grand intérieurement n’est pas une voie paisible tant le monde dans lequel nous devons évoluer est rude.
Le chercheur spirituel doit se méfier de ses propres pièges sur ce chemin de l’éveil de la conscience qui consisterait à dormir sur ses petits lauriers agrémentés de la philosophie du non-faire.
Bien sûr, rester exigeant envers soi-même sans lâcher ses objectifs, en tenant l’influence des autres à bonne distance peut donner le vertige, la peur de se perdre ou perdre l’autre.
La crainte d’être instable et fragile peut se faire ressentir alors, mais à chaque fois que vous pensiez vous être perdus, vous étiez en réalité en train de grandir.

Dans la scène de départ décrite précédemment, nous sommes en haut de la montagne et la symbolique de l’arbre en haut de cette montagne illustre bien les sommets à atteindre, tant par la réflexion, l’échange, que la pause et la solitude. Nous sommes ici dans l’échange entre le guide et le disciple, la sagesse et l’ignorance.
Que dit le sage à celui qui doute de ses efforts et de ses peurs ?

Plus tu veux devenir grand, plus tu dois accepter de descendre en toi-même.

Je vous rappelle sans cesse la nécessité de la méditation et de l’introspection que vous, contemporains, fuyez car anéantis à votre insu par la sur-sollicitation sensorielle et informationnelle du monde d’aujourd’hui.
L’homme contemporain est projeté dans une aire de jeu phénoménale où les divertissements et préoccupations sont infinies, le détournant du regard de lui-même.

Il n’y a pas de cime sans base, ni de ciel sans terre, ni de sommet de l’arbre sans racines.
Pas de grandeur sans profondeur, ni de lumière sans obscurité.
Les racines de l’arbre sont enchâssées dans la réalité de la matière mais l’arbre pousse vers le ciel, vers quelque chose de plus grand, de plus éthérique.
Il se tend, il tend.
Ainsi donc pratiquants, il n’y a pas de supra conscience et d’éveil sans connaissance et introspection de vos méandres, de votre part sombre et souffrante, de votre propre chaos.
Il y a donc nécessité de remplacer la peur par la confiance afin d’être à même de voir ce qui vous dérange en vous. voir conf « L’état de confiance » 

Bien sûr, dans la vallée multicolore, votre couleur peut être incomprise.
Si vous grandissez, vous vous élevez, devenez plus sage et plus éveillé, cela peut vous conduire à préférer davantage la solitude, voire la tranquillité, et à vous éloigner du bruit et des autres.
Rappelez-vous, Michel de Montaigne disait : « La plus grande chose au monde c’est de savoir être à soi-même ».voir One Quiet Two.
Il s’est retiré dans sa tour, non pas pour examiner tout ce qui existait, mais pour examiner uniquement ce qui répondait à ses interrogations personnelles.

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« Ce qui fait peur n’est donc pas forcément mauvais » nous dit Nietzsche.
« C’est parfois la condition pour devenir plus fort, plus grand ».
« Devenir plus libre ! »

Nul besoin d’être dans une geôle pour apprécier ce qu’est la liberté.
Combien d’entre nous sont pris au piège de situations non désirées.
Travail ennuyeux, harassant ou conflictuel. Famille dépendante, maladie invalidante, relation problématique. Situation matérielle, géographique, géopolitique, etc.
Nul n’est à l’abri d’être emprisonné du jour au lendemain dans une telle situation
et c’est lorsque cette liberté est perdue que l’on s’en rappelle le goût.
Lorsque nous jouissons d’elle au quotidien, nous ne l’apprécions pas à sa juste valeur.

Spirituellement, la liberté est toute autre. Avant qu’elle devienne un état d’éveil et de supra conscience, elle doit grandir en nous et doit s’acquérir progressivement par l’état conscient, de ce que déjà, elle représente.

Précédemment, Zarathousrta dit au jeune aspirant que plus il veut monter et atteindre ses idéaux, plus il doit plonger dans les profondeurs de ses conflits et de ses instincts. Cela voudrait-il dire que la liberté spirituelle n’est pas encore -à ce stade de l’aspirant-, ni la paix, ni un état d’équilibre tranquille ?
Sur le chemin de l’ascension, la liberté passe par un état d’une tension permanente entre le haut et le bas, entre les racines et le sommet.

Dans le processus de maturité spirituelle, on ne fait pas table rase du passé en un instant pour devenir un nouvel être, tout beau, tout pur, tout propre et animé d’un seul idéal.

Durant ma longue carrière, j’ai pu croiser quelques clowns spirituels…

Au commencement de la prise de conscience spirituelle, la liberté ne réside pas dans la croyance que l’on peut faire ce que l’on veut tranquillement, même si cela peut s’y apparenté dans la forme.

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La liberté, c’est se construire soi-même en minimisant les influences extérieures délétères.

Cela se fait par la pratique spirituelle qui exige discipline, courage, capacité à gérer les méandres.
Si les racines symbolisent les instincts, le chaos intérieur, les branches de l’arbre illustrent l’idéal et le dépassement. Être libre dans l’apprentissage yogique, c’est intégrer cette nature-là. Ce n’est pas s’envoler de suite et quitter la nature de l’arbre.
Le processus de transcendance vient ultérieurement.
La liberté transcendantale revient, par analogie, à transcender sa nature d’arbre, donc sa matérialité consciente de l’arbre, voire de son règne pour passer à un règne supérieur et supra conscient assimilé métaphysiquement à l’absolu sans qualité et omniprésent. Le fameux principe du « Brahman » ब्रह्मन् du yoga. Bien sûr, je parle de notre règne humain.

Nous voyons bien que la notion de liberté est complexe et ambivalente.

Un sage provocateur vous dira toujours que si vous voulez être libre totalement, alors il vous faut partir et accepter de perdre vos repères, ne pas avoir peur de vous exposer à la solitude, d’accepter d’être exposé à tous vents.
C’est ce que dit Zarathousrta au jeune homme en proie à l’inquiétude, en lui présentant que cette liberté-là est risquée.
Nous sommes là dans un contexte exigeant et absolu, philosophique du 19e°s qui peut concerner ceux qui veulent entrer dans les ordres, vivre en ermite, s’isoler dans un ashram au fond de l’Inde, partir faire le tour du monde à pied, voire incarner la vie d’un artiste mystique au service de son art.
Attention à trier ses valises mentales avant de partir.

Pour les yogis contemporains que nous sommes, le tour du monde peut se faire aussi par le tour de soi-même dans la tranquillité de sa pièce de méditation, dans l’harmonie de son jardin ou la sérénité de sa maison.
A un second degré, cela peut se faire aussi dans notre interaction au monde et à notre entourage.
Même si elle est exigeante, la liberté pour soi-même peut parfois entraîner une certaine solitude, car les choix que l’on fait peuvent ne pas être bien compris par les autres et nous éloigner d’eux.
Autrui n’aimera jamais votre élévation, encore moins votre liberté, s’il éprouve la sensation que vous lui échappez, n’étant pas lui-même dans la même dynamique.
Valeurs communes sociétales, morale dominante, regard des autres sont autant de schémas dont il faut savoir se détacher pour toucher du doigt cette liberté-là.

La liberté intérieure serait donc liée en partie au détachement.

Que nous soyons des yogis protohistoriques, des hommes et femmes de la Renaissance, des romantiques du 19e, des contemporains du 21e, la soif d’élévation et de perfectionnement a toujours animé la nature humaine. Cette soif d’un surhumain, aujourd’hui revue et corrigée par le transhumanisme matérialiste, bien éloigné finalement de la quête spirituelle divine, obéit malgré tout à cet éternel processus du dépassement de soi.

Chaque homme de chaque époque se considère comme un héros spirituel, et ce héros reste un être de tension. Il tend et veut atteindre sa propre grandeur tout en étant encore fragile.
L’être humain ne naît pas accompli et sa construction intérieure s’élabore au feu de l’existence dans une lutte permanente intérieure. Le chercheur spirituel est un héros car il a le courage d’affronter ses peurs, transformer ses faiblesses, et dépasser ses limites.
Pour Nietzsche, il doit le faire dans la souffrance et cette dernière n’est pas un obstacle mais la condition.

En mettant l’accent sur le confort et la sécurité, notre société moderne peut remettre en question ce concept et soutenir l’idée que la transcendance peut se réaliser dans l’aisance et le conformisme. C’est oublier que le processus de l’éveil est celui de la métamorphose. Celle de la chenille en papillon nécessite malgré tout un travail lent et précis, à l’abri des intempéries et des prédateurs, obéissant à une passation biologique complexe.
La chenille n’est pas allongée sur un transat en train de prendre une collation !
Elle œuvre à un travail lent et méthodique de repli sur elle, par le pouvoir conscient de la nature.
Le travail yogique œuvre ainsi aussi par le processus des pratiques introspectives.

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N’étant pas contre le monde, le pratiquant spirituel n’en suit pas forcément ses
idéologies dominantes.
Il ne suit ni le troupeau, ni les valeurs, ni les mœurs de ce dernier. Il se doit d’apprendre à créer les siennes.
Le héros spirituel n’est qu’une étape.
Il n’est pas encore le surhomme, il n’est pas encore l’éveillé.
Il est en devenir, en transformation constante.
Il n’est pas encore le sage libre qui tient l’arbre et sait que le vent sera toujours le plus fort, qui sait qu’il lui faut devenir le vent lui-même.
Hari Om Tat Sat
Jaya yogacarya

Bibliographie :
« Ainsi parlait Zarathousrta de Friedrich Nietzsche
 Adaptation et commentaire de Jaya Yogacarya

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